Juillet 2026
Le drame du jeu vidéo, en matière d’affaires publiques en tout cas, c’est que quasiment personne aujourd’hui ne cherche à comprendre les codes politiques. Et, plus particulièrement, comment l’on passe d’une consultation très polie à la mise en place d’une législation qui va s’avérer douloureuse pour bien des sociétés.
Commençons par un exemple qui semble bénin : j’entends que certain·e·s sont déçu·e·s par le rapport sur la place des femmes dans le jeu vidéo publié par la délégation aux droits des femmes.
Si on ne s’intéresse qu’à la surface, on peut comprendre le sentiment de “trop peu”.
Néanmoins, il ne faut pas oublier qu’il s’agit de la première fois qu’une des chambres consacre des travaux spécifiquement à la place des femmes dans le secteur du jeu vidéo. Comme je l’ai déjà rappelé, une délégation n’est là que pour faire des recommandations : une fois le rapport créé, le rôle des rapporteurs est désormais de convaincre les législateurs de la nécessité d’en faire une priorité et de transformer ces recommandations en textes cadres.
Effectivement, sans volonté politique forte, ce document n’est qu’une étape de plus sur une route pavée de bonnes intentions.
Mais cette superposition d’étape, cette sédimentation d’avis est justement au cœur du jeu politique : un argumentaire transversal construit dans la durée prend plus de poids à chaque nouvelle étape… Jusqu’au moment où un fait divers, un changement économique radical ou un mouvement de mode attire l’attention de la “Volonté Politique Forte” et précipite le changement.
C’est dans ces moments-là que l’argumentaire transversal révèle sa puissance… Et, c’est dans ces moments-là que ceux qui ont fait l’effort d’y participer tirent leur épingle du jeu. Oui, il fallait commencer à grinder dès les prémisses peu excitants, le premier contact sans enjeu apparent, avant que le problème ne se pose ou que le besoin se fasse ressentir.
En effet, ce sont ceux qui sont le plus présent qui informent les administrateurs et qui, d’une certaine manière, contribuent à façonner les perceptions, la parole et l’urgence perçue d’une commission, ou d’un groupe de travail. A chaque étape… Au point qu’il est toujours inutile d’intervenir quand la situation atteint une masse critique.
De fait, la porte de la délégation est ouverte ; les parties prenantes qui souhaitent poursuivre les discussions peuvent le faire et soumettre des propositions.
Et si ce rapport est un premier état des lieux, pas un aboutissement: c’est l’occasion pour les parties prenantes – studios, publishers, clusters, syndicats, associations- de se saisir des recommandations et de créer des groupes de travail sur les points soulevés.
Et, même si j’essaie de le présenter de manière charmante… Au-delà de l’occasion, chacun de ces appels du pied du pouvoir est une obligation implicite pour nous tous de se mettre au travail sur ces sujets.
En effet, chaque rapport, chaque groupe de travail qui se monte devrait être perçu comme une sonnette d’alarme supplémentaire pour le secteur.
Nous attirons trop l’attention -aussi bien positivement que négativement- pour ne pas être partie prenante des discussions sur notre futur.
La première ICC du pays ne peut pas se contenter de rester en marge des débats puis de s’y précipiter quand la menace d’une réglementation devient immédiate : elle doit être, comme on le dit dans le jargon, “forte de recommandations” et assumer pleinement le fait que ses problématiques sociales, de représentativité et de féminisation, si elles étaient déjà connues dans l’industrie font désormais partie du paysage des politiques publiques.
C’est à cette condition que l’industrie contribuera à sa réglementation plutôt qu’être réglementée à son corps défendant par des institutions à court de patience.
Maintenant passons à l’exemple qui va faire mal dans quelques mois : le Digital Fairness Act, dont le draft est prévu pour la fin d’année.
Le “call for evidence” mené par la commission européenne est plutôt contrasté, dirons-nous poliment.
D’un côté des associations de consommateurs et des scientifiques qui râlent, qui exigent plus de protection pour les consommateurs, une transparence radicale et qui sont particulièrement bien entendus par l’establishment européen.
De l’autre, une partie de l’industrie qui semble ne pas comprendre que cette fois-ci la puissance politique ne les laissera pas s’en sortir et qui répondent avec une grande cockiness – et sans doute avec un certain manque de lucidité – à la sauce “Non, c’est bon, pas la peine de vous embêter à réglementer avec les in-games currency, on assure grave”.
Il faut s’attendre à un réveil difficile.
Et, cela va bientôt être le cas sur chaque sujet – place de la femme dans l’industrie, dialogue social, perception publique de l’effondrement de l’industrie avec les vagues de licenciements à l’international et les difficultés du secteur en France, discussions avec le CNC- où nous attendons trop longtemps pour échanger avec la puissance politique.
TLDR :
- L’industrie commence à être sérieusement montrée du doigt.
- Elle doit arrêter de faire semblant de ne pas comprendre et d’assumer pleinement son rôle de partenaire de l’État et du législateur qu’aux moments finaux des crises.
- Bientôt, on ne nous laissera plus faire de cherry-picking ou de nous en sortir en dégainant la carte de l’exception culturelle et industrielle du JV.
- Ca tombe bien, je peux vous accompagner pour ça
